Dans la discussion de groupe
Une table pour huit, samedi
Le groupe s'appelait « Retrouvailles ??? » et durait depuis quatre jours. Caroline le fit défiler dans le tram du retour. Lundi : « il faudrait vraiment qu'on fasse quelque chose ». Mardi : onze messages pour savoir si l'italien n'était pas trop lourd. Mercredi : la photo du chien de quelqu'un. Aujourd'hui, Aude avait écrit « Franchement n'importe quel jour me va, comme tout le monde veut », ce qui faisait six personnes à vouloir ce que tout le monde voulait.
Caroline descendit un arrêt plus tôt pour pouvoir écrire en marchant. Elle créa un sondage avec deux dates et nota dessous : « Le vote ferme ce soir à 21 h. La majorité l'emporte. Je réserve. » À 20 h 30, cinq avaient voté pour le 14. Léna n'avait pas voté. À 21 h 01, Caroline appela le bistrot au bord de la rivière, celui de l'aligot, et réserva pour huit à 19 h 30. Puis elle posta : « C'est fait. Samedi 14, 19 h 30, table à mon nom. Dites-moi d'ici jeudi si vous ne venez pas, ils ont besoin du nombre définitif. » Cela avait pris onze minutes. Elle ne comprenait pas pourquoi il avait fallu quatre jours.
Des pouces levés, des cœurs, « tu nous sauves ». Puis Léna : « Oui, chef. » Avec un visage au garde-à-vous. Caroline s'arrêta sur le trottoir. C'était une blague. C'était probablement une blague. Léna, par ailleurs, n'avait pas voté, et se retrouvait avec un samedi qu'elle n'avait pas choisi. Caroline commença à taper « Il fallait bien que quelqu'un le fasse », ce qui était exact, et regarda la phrase. Elle repensa aux dernières retrouvailles, quand Léna était partie tôt et que personne n'avait demandé pourquoi.
Elle effaça la ligne et écrivit directement à Léna : « Le 14, ça te va vraiment ? Tu n'as pas voté. Si samedi ne t'arrange pas, j'aime mieux le savoir maintenant que jeudi. » Cela se lisait encore un peu comme un contrôle. Elle envoya quand même. « Samedi, c'est bon, répondit Léna. C'est juste que j'en ai assez que les plans me tombent dessus. Mais je n'aurais jamais réservé non plus, alors. Merci. »
« Alors c'est toi qui choisis où on va après, écrivit Caroline. Cette partie-là, je ne l'organise pas. » Elle le pensait. Elle se nota aussi, pour elle seule, de vérifier vendredi que Léna avait bien choisi un endroit.