Dans la discussion de groupe
Le collier derrière la machine
Le groupe de la famille comptait quarante et un nouveaux messages quand Loïc sortit de la douche. Il remonta jusqu'au début. La machine à laver de son père avait laissé une flaque sur le sol de la salle de bains, et depuis huit heures du matin sa tante Nicole, sa sœur Elsa et deux cousins en discutaient. Nicole estimait que la machine avait quinze ans et qu'il fallait la remplacer. Elsa avait écrit trois longs paragraphes sur le fait que Papa ne demande jamais d'aide.
Loïc lut tout dans le couloir. Personne n'avait dit d'où venait l'eau. Il tapa : « Papa, devant ou derrière ? Envoie une photo du sol. » Puis il posa le téléphone sur l'étagère et se fit des œufs.
La photo arriva onze minutes plus tard, un peu floue, la pantoufle de son père dans un coin. De l'eau sous le pied arrière gauche. Pas le joint du hublot, donc. Sans doute le tuyau de vidange, ou le collier qui le tenait. Il commença à taper « C'est un collier, personne n'a besoin d'acheter quoi que ce soit » et effaça, parce qu'il n'avait pas encore vu le collier et qu'il n'aimait pas avoir tort par écrit. Il envoya : « Ne commandez rien. Je passe à 16 h. »
Elsa lui écrivit à part. « Ça fait une semaine qu'il éponge ce sol sans rien dire à personne. Une semaine, Loïc. » Il le lut deux fois. Cela ressemblait à une information sur la chronologie, alors il répondit : « Donc la fuite est lente. Bon signe. » Elle renvoya un point, tout seul. Il regarda ce point un moment sans parvenir à comprendre ce qu'il attendait de lui.
À seize heures, il était à genoux derrière la machine, une lampe torche entre les dents. Le collier était rongé par la rouille. Il le remplaça par un autre, pris dans le bocal qu'il gardait dans sa voiture, lança un cycle court et regarda le tuyau rester sec. Son père apporta du café et se tint dans l'encadrement de la porte, sans dire grand-chose non plus. Loïc prit une photo du sol sec, la posta dans le groupe sans légende, et resta dîner.