Dans la discussion de groupe
Une carte d'adieu pour M. Perrin
« Quelqu'un a pensé à vendredi ? » écrivit Sophie dans le groupe du service à 7 h 50. Vendredi, c'était le dernier jour de M. Perrin après vingt-six ans à la comptabilité, et pour l'instant le seul plan était qu'il n'y avait pas de plan.
En moins d'une heure, elle en avait un. Elle demanda à Clémence, qui dessinait merveilleusement et n'en parlait jamais, de concevoir la carte. Fabien choisirait le cadeau, puisque c'était lui qui déjeunait avec M. Perrin et savait qu'il restaurait de vieux postes de radio. À Lina, la dernière arrivée, qui n'avait pas écrit un mot dans le groupe depuis son embauche, elle s'adressa directement : « Tu as travaillé dans une pâtisserie, non ? Tu nous dirais quel gâteau commander ? Je me fie à ton goût plus qu'au mien. » Lina répondit en quatre minutes, avec trois propositions et une remarque sur les noix.
Tout le reste revint à Sophie, puisqu'elle s'était proposée. Collecter l'argent. Relancer les neuf personnes qui avaient dit « oui bien sûr » et n'avaient pas payé. Réserver la salle, emprunter des assiettes. Le jeudi soir, à onze heures, elle coupait du ruban, et son propre rapport pour lundi dormait dans son sac, intact.
Le vendredi se passa bien. M. Perrin tint dans sa main la lampe de radio que Fabien avait dénichée et resta un moment sans pouvoir parler. On fit l'éloge de la carte et du gâteau aux noix en citant des noms. Clémence rougit. On demanda deux fois à Lina où elle avait appris la pâtisserie, et elle resta à discuter bien après l'heure où, d'habitude, elle se serait éclipsée.
Ensuite, le groupe se remplit. « Superbe carte, Clémence ! » « Fabien, ce cadeau ! » « Lina, le gâteau !! » Sophie fit défiler tout cela dans le bus, en souriant, et continua de faire défiler un peu plus longtemps que nécessaire. Personne n'avait remercié celle qui avait fait la liste. Cela piquait plus qu'elle ne l'aurait avoué à quiconque, et elle s'en voulait de compter. Elle tapa « Tellement contente que tout se soit bien goupillé », puis ajouta une seconde ligne qu'elle n'aurait pas envoyée d'ordinaire : « C'était beaucoup de travail, honnêtement. La prochaine fois, j'aimerais bien organiser à deux. Des volontaires ? »